Comment l’éthique appuiera-t-elle la réponse d’Horizon à la flambée de COVID-19?

Tim Christie Blog

Je suis le Dr Timothy Christie. Je suis le directeur régional des Services d’éthique et le président du Comité d’éthique relatif à la COVID-19 du Réseau de santé Horizon. 

J’ai décidé de rédiger le présent billet de blogue, car j’ai cru qu’il serait utile de vous expliquer la différence entre les principes d’éthique clinique courante et les choix déchirants auxquels nous pourrions faire face durant une pandémie. J’espère sincèrement que nous n’aurons pas à avoir recours au code d’éthique en cas de pandémie. Toutefois, si cette transition devient nécessaire, il sera impératif d’essayer de sauver le plus de vies possible.

Éthique clinique courante 

Dans des circonstances normales, la relation entre un professionnel de la santé et un patient se fonde sur le principe de l’intérêt supérieur : tout ce que le professionnel fait est motivé par le désir de faire ce qui est préférable pour le patient. Le désir d’aider l’emporte donc sur toute autre motivation. Par exemple, le fait de recommander le branchement d’un patient à un respirateur artificiel doit être exclusivement motivé par les besoins du patient, et non par les ressources disponibles. Nous nous efforçons de fournir au patient tous les traitements qui sont conformes à ses valeurs, à ses croyances et à ses objectifs de vie, peu importe le résultat prévu et peu importe le coût.

Pandémie de COVID-19

La pandémie mondiale de COVID-19 risque de soulever de nombreuses questions d’ordre éthique. L’un des problèmes les plus troublants est qu’à un certain point, il se peut que le nombre de patients qui auront besoin de ventilation mécanique invasive (c.-à-d. besoin d’un respirateur) devienne plus grand que le nombre de respirateurs disponibles. En d’autres mots, la demande pourrait largement dépasser l’offre.

Ventilation artificielle

L’offre de traitement par respirateur à un patient est complexe : le patient est souvent sous sédation et doit être surveillé étroitement dans une unité de soins intensifs (USI) par du personnel hautement qualifié.

Éthique en cas de pandémie

Si nous continuons de suivre les principes d’éthique clinique courants en situation de pandémie, nous pouvons nous attendre à deux résultats. Premièrement, il est possible que nous devions fournir un respirateur à un patient pour lequel on ne prévoit pas de résultats positifs, et deuxièmement, il est possible que nous n’ayons pas de respirateur disponible pour les patients pour lesquels on prévoit des résultats positifs. L’approche axée sur le patient valorisée par l’éthique clinique courante pourrait être contre-productive en situation de pandémie. En de telles circonstances, nous devons plutôt adopter une éthique de la santé publique, qui met l’accent sur les principes d’efficacité et d’équité.

  • On entend par « efficacité » le fait d’accorder la priorité aux patients pour lesquels on prévoit les meilleurs résultats qui soient au coût le plus faible qui soit. Par exemple, si l’on se trouve devant un premier patient qui est tellement malade qu’il pourrait avoir besoin d’un ventilateur pour une période prolongée et un second patient qui aurait besoin d’un ventilateur de 10 à 14 jours, le principe d’efficacité stipule que nous devrions accorder la priorité au deuxième patient plutôt qu’au premier (même si le premier patient a une chance de survivre et que ce n’est qu’une question de ressources).
  • On entend par « équité » fait référence à la distribution équitable des avantages et des fardeaux. Autrement dit, nous ne devrions pas injustement exercer une discrimination à l’endroit de certains groupes simplement pour faciliter l’atteinte d’objectifs « efficaces ». Nos décisions doivent être équitables, justes, non discriminatoires, non arbitraires, impartiales, etc.

Conclusion

En résumé, si nous devons adopter une approche éthique en cas de pandémie, nous devrons modifier notre façon de prendre des décisions par manque de ressources nécessaires pour sauver des vies qui, en temps normal, pourraient être sauvées. J’espère sincèrement que les interventions en santé publique, comme l’auto-isolement volontaire et l’éloignement social, donneront les résultats escomptés et que nous n’aurons jamais à avoir recours à une éthique en cas de pandémie.

Toutefois, si nous atteignons le point où nous devons avoir recours aux principes de l’éthique en cas de pandémie, nous devons être conscients que malgré les décisions lourdes de conséquences qui devront être prises, un plus grand nombre de gens vont mourir si nous continuons à avoir recours aux principes de l’éthique clinique courante plutôt qu’à ceux de l’éthique en cas de pandémie.